L’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE) basée à Copenhague a présenté le 22 mars dernier un rapport intitulé « Water resources across Europe confronting water scarcity and drought / Ressources en eau de l’Europe – faire face à la pénurie d’eau et à la sécheresse » où elle analyse la surexploitation de l’eau en Europe et ses répercussions sur la qualité et la quantité de l’eau restante et des écosystèmes qui en dépendent.
Les situations de stress hydrique qui concernent traditionnellement les régions d’Europe du sud tendent de plus en plus à toucher le nord de l’Europe. Elles se trouvent de plus renforcées par le changement climatique qui entraîne une sévérité et une fréquence accrues des sécheresses, en particulier durant les mois d’été.
« L’Europe vit au dessus de ses moyens en matière d’eau », selon Jacqueline McGlade, directrice exécutive de l’AEE qui rappelle qu’en Europe « la solution à court terme à la rareté de l’eau a consisté à extraire des volumes toujours plus importants de nos ressources de surface et souterraines ».
Chaque année l’Europe prélève environ 285 km3 d’eau douce dont près de la moitié est utilisée dans le secteur de l’énergie (principalement pour le refroidissement) et un quart par l’agriculture. Or si pour l’énergie, l’essentiel de l’eau utilisée retourne dans l’environnement, cela ne concerne que 30% de l’eau consommée par le secteur agricole. Dans ce secteur, l’AEE discerne deux utilisations majeures de l’eau, à savoir l’élevage et l’irrigation, et fait le choix de davantage concentrer son analyse sur l’irrigation qui concerne principalement des régions d’Europe du sud où le stress hydrique est plus important. Le sud de la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et Chypre contribuent à hauteur de près de 84% à la consommation d’eau par le secteur agricole en Europe.
L’AEE souhaite que la ressource hydrique soit utilisée plus efficacement et que les européens réduisent significativement leur consommation d’eau. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, l’AEE a présenté un ensemble de recommandations stratégiques afin de diminuer la quantité d’eau utilisée en Europe :
Le rapport de l’AEE vient remettre en cause l’idée d’une Europe moins concernée par les tensions hydriques et invite l’Europe à diminuer en conséquence sa consommation d’eau.
En complément de cette réflexion de l’AEE sur les enjeux quantitatifs, il nous paraît également important de rappeler que la qualité de la ressource en eau est une question cruciale, notamment en Europe, où les situations les plus préoccupantes sont liées à la pollution de la ressource. Contrairement aux hydrocarbures ou aux minerais, l’eau est une ressource majoritairement renouvelable (à l’exception de certaines ressources souterraines fossiles). Elle se renouvelle en permanence grâce au « grand cycle de l’eau » (évaporation / précipitations / ruissellement) : on peut donc dire qu’elle est « empruntée » au milieu naturel plus qu’elle n’est « consommée » et la première priorité consiste à restituer dans un état de qualité satisfaisant l’eau que nous empruntons. La gestion durable de l’eau passe donc autant par une politique de réduction de la consommation (adaptées aux spécificités locales) que par la prévention des pollutions, en réduisant les intrants en amont et en « nettoyant » les eaux usées avant de les rejeter dans le milieu naturel.
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