Par André FLAJOLET
Député du Pas-de-Calais, Président du Comité national de l’Eau 
 

Le mot « gouvernance » est central dans toute approche de la question de l’eau et de l’assainissement. Trois types de gouvernances se distinguent : la gouvernance de gestion, la gouvernance de partage et la gouvernance des relations entre les pays à travers l’eau.

La gouvernance de la gestion de la ressource et de sa relation au milieu
L’eau est indissociable du milieu dans lequel on la prélève et l’homme agit sur ce milieu. C’est d’ailleurs pour cela que la loi de 2006 se nomme « Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA) ». Les efforts réalisés dans la professionnalisation des outils et des équipes doivent être poursuivis et le principe des coûts évités doit être pris en compte. En n’investissant pas, nous créons parfois plus de problèmes que nous n’apportons de solutions. L’importance de la connaissance patrimoniale des réseaux est rappelée dans la LEMA et le Grenelle.
La relation entre les territoires urbain et rural est essentielle, mais elle n’a pas encore abouti. Les gouvernances territoriales ne sont pas assez mises en exergue par les Schémas d’aménagement de gestion des eaux et les basins hydrologiques. Il y a encore énormément de choses à faire dans ce domaine, avant de donner d’éventuelles leçons à d’autres pays. L’une des urgences pour notre gestion de l’eau est de créer ou de consolider des espaces cohérents, sous forme de bassins hydrographiques où le rural et l’urbain sont associés. Dans mon département du Pas-de-Calais, atteindre 35 % de masse d’eau conforme à la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) serait déjà un score honorable. Atteindre 70 % n’est pas une possibilité effective.

La gouvernance de partage
La relation entre l’espace disponible sur la planète, la capacité à nourrir les gens et à respecter la terre pose un réel problème. Lors de forums mondiaux à Mexico ou à Istanbul, on rencontre des représentants de pays d’Afrique ou du Moyen-Orient dans lesquels chacun dispose de trois litres d’eau par jour pour survivre. D’autres encore disposent de 30 litres, mais cela reste insignifiant par rapport à un steak qui, à lui seul, nécessite 3 500 litres d’eau. La diminution des ressources nous imposera peut-être de changer nos propres habitudes alimentaires, afin d’atteindre l’équilibre entre l’homme et son milieu.
On peut considérer que l’eau n’a ni prix ni coût, mais les services de l’eau ont un coût et un prix. Dans certaines zones de ma région, le prix de l’eau est assez bas, mais se cache derrière ce prix une rentabilité du réseau à 40 % et une absence d’assainissement collectif ou individuel. Notre rapport à l’eau est à la fois naturel et sociétal. Il faut apprendre à réduire les consommations, que l’on soit industriel, agriculteur ou particulier. Les Agences de l’Eau, créées en 1964, ont permis des réductions considérables dans le domaine industriel et une amélioration notable pour les relevés d’eau. Même si nous avons de l’eau, nous ne pouvons pas continuer à la consommer avec insouciance. Il faut aussi se préoccuper du voisin qui n’en a pas et faire exister une solidarité entre les consommateurs et les territoires. Si la ressource n’est pas protégée dans les campagnes, ce sont les villes qui n’auront plus suffisamment d’eau. Il faut partager la ressource, ainsi que les contraintes et les coûts associés à la protection de la ressource.
Une meilleure gouvernance doit se faire en partageant la connaissance entre consommateurs, associations, industriels, agriculteurs et particuliers. Tous doivent comprendre les enjeux techniques et financiers de la gestion de l’eau. Dans la LEMA, le seuil pour créer une coalition consultative des services publics de l’eau a été baissé à 20 000 habitants. Je crois à la gouvernance partagée, mais elle n’exonère pas l’élu de ses obligations de décisions car il est le seul in fine à rendre des comptes à la population.

La gouvernance de la relation entre les États et les territoires
L’eau n’a pas de frontières. Autour du bassin méditerranéen, des questions se posent quant à l’avenir des populations sur leur territoire, au devenir de la paix entre les pays.
Même si nous avons l’habitude de critiquer nos dirigeants et ce qu’ils font, il faut reconnaître que dans le domaine de l’eau, nous sommes des excellences internationales du point de vue des technologies, de la transmission des savoirs et de possibilité d’accès à l’eau.
C’est pourquoi il faut parler à la fois de l’eau et du partage de l’eau, de l’hydroélectricité et de ses conséquences sur le milieu naturel, sur les milieux agricoles et sur les populations situées en aval.
C’est à nous de faire passer ces messages politiques, même s’ils ne sont pas forcément faciles à accepter. C’est notre devoir que de continuer à être innovants dans le domaine de l’eau et des milieux aquatiques.