fr en

A propos de La rédaction

Tous les articles de La rédaction

Lors du sommet européen du 18 juin dernier, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union européenne ont posé les bases de la contribution financière qui sera apportée au profit des pays en développement par les Etats européens, dans le cadre d’un accord mondial sur le changement climatique lors du futur sommet de Copenhague. Ces fonds qui ont vocation à aider les nations en développement à faire face au changement climatique, permettront notamment de financer des programmes de conservation de l’eau.

Plus spécifiquement, de tels fonds contribueraient à développer des cultures résistantes à la sécheresse, ainsi que de meilleures techniques d’irrigation. Ils permettraient également de trouver de nouvelles sources d’eau alors que l’augmentation des températures fait fondre les glaciers, dont plusieurs millions de personnes dépendent dans le monde.
Sans ces fonds, il sera difficile d’obtenir l’adhésion des nations concernées à un accord mondial à Copenhague. En effet, le groupe africain au sein des Nations Unies, qui réunit 55 nations d’Afrique, a rappelé récemment que les pays riches ont le devoir de fournir des financements, ayant eux-mêmes profité pendant plus d’un siècle de l’industrialisation tout en émettant des milliards de tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Le groupe africain au sein des Nations Unies avait alors estimé à 267 milliards de dollars par an les fonds nécessaires pour faire face aux effets du dérèglement du climat sur le continent africain, soit 0,5% du PIB des nations développées

L’Union européenne a indiqué, quant à elle, qu’elle ne chiffrera pas son soutien financier pour aider les pays pauvres avant de connaître leurs besoins, ainsi que les intentions des autres pays riches comme les Etats-Unis. En plus d’un principe général selon lequel tous les pays, à l’exception bien sur des moins développés, devront participer au financement de la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement, seuls deux principes généraux encadrant cette contribution ont été clairement délimités : la capacité de l’Etat à payer, et sa responsabilité quant aux émissions de gaz à effet de serre.

Des experts en finance de l’Union Européenne ont cependant évalué les besoins des pays pauvres pour réduire leurs émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2020 à hauteur d’environ 100 milliards d’euros chaque année, et de 20 à 50 milliards d’euros supplémentaires pour gérer l’impact qu’aura le phénomène sur le climat.

Des associations écologistes ont vivement condamné le manque de volonté politique de l’Union. Lars Lokke Rasmussen, Premier ministre du Danemark semblait néanmoins confiant. « Dans quelques mois, je suis certain que nous aurons atteint une décision finale sur touts les aspects du financement » a-t-il ainsi déclaré.

Pour aller plus loin :

Le rapport annuel sur les perspectives alimentaires publié le 17 juin dernier, par l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dresse un bilan nuancé de la situation alimentaire mondiale. En effet, le secteur agricole  résiste mieux à la crise économique mondiale que les autres secteurs d’activité. Cependant les risques pesants sur la sécurité alimentaire mondiale, notamment les situations de stress hydrique, pourraient s’accroitre au cours des dix prochaines années.

Comme le souligne le rapport, « La faiblesse persistante de l’économie mondiale freinera les prix des denrées de base au cours des deux ou trois prochaines années, puis ceux-ci devraient se raffermir sous l’effet de la reprise économique ». Ainsi selon Merritt Cluff, un économiste du FAO ayant participé à l’élaboration du rapport « nous prévoyons des prix plus bas que l’année dernière ».

Néanmoins, selon l’OCDE et le FAO, les prix agricoles mondiaux repartiront à la hausse au cours des dix prochaines années sans toutefois atteindre les pics de la crise alimentaire de 2006-2008. Ainsi sur cette période, le prix des productions végétales telles que les céréales, ou encore le sucre, devrait augmenter de 10 à 20% hors inflation, par rapport à la moyenne de 1997-2006 tandis que celui de la viande se stabiliserait. Cependant, des épisodes de volatilité très importante des prix ne sont pas à exclure.

D’après les projections établies par le FAO et l’OCDE, les productions agricoles seront conditionnées en partie par les disponibilités en eau. Le rapport note ainsi que l’agriculture utilise d’ores et déjà plus de 40 % de l’eau consommée dans les pays de l’OCDE ; une consommation en constante augmentation. L’irrigation représente à elle seule 99% des volumes d’eau utilisés par l’agriculture. En 2004, un rapport du FAO soulignait déjà le lien direct entre développement de la capacité d’irrigation et sécurité alimentaire. En 2009, le rapport de l’OCDE et du FAO met en garde contre les risques de stress hydrique liés au changement climatique (inondations, sécheresse…).

Face à l’enjeu de la sécurité alimentaire mondiale, l’OCDE et le FAO notent qu’il existe un potentiel d’accroissement de la production alimentaire de l’ordre de 40% sur les dix ou vingt années à venir. Cependant, mettre à profit ce potentiel nécessite de développer et d’adapter de nouvelles technologies. Selon le rapport, il est ainsi nécessaire d’accroître l’efficacité de l’aide internationale. Les gouvernements doivent également davantage soutenir le développement de leur secteur agricole national afin de limiter certains risques notamment concernant les ressources en eau, et ce par exemple en investissant dans les infrastructures, ou encore en offrant des incitations en faveur d’une exploitation durable des sols et de l’eau. Les deux organisations soulignent l’urgence d’assurer la sécurité alimentaire alors que près d’un milliard de personnes devraient souffrir de la faim cette année.


Pour aller plus loin :

 

Près de 200 Etats doivent se réunir à Copenhague en décembre prochain pour élaborer le traité international qui succédera au Protocole de Kyoto (valable jusqu’en 2012). Or ce sommet pourrait être un échec si des financements ne sont pas proposés aux pays les plus pauvres afin de les aider à s’adapter au changement climatique et à réduire leur gaz à effet de serre.

Le Groupe africain aux Nations-Unies, qui comprend 55 nations d’Afrique, a ainsi déclaré le mois dernier que les nations en développement auraient besoin de 267 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour être en mesure de faire face aux effets du dérèglement du climat. Ce chiffre, mentionné dans le texte préparé par le groupe Afrique dans le cadre des négociations des Nations Unies au sujet du nouveau traité climatique, est deux fois plus important que l’aide actuelle au développement allouée par les nations riches pour l’année 2008 (120 milliards de dollars). Selon le Groupe Africain, ces investissements représenteraient 0,5% du PIB des nations développées.

Concomitamment, Jeffrey Sachs,  conseiller du Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-Moon et président de l’Institut pour la Terre de l’Université Columbia, alerte les Etats sur les difficultés à venir. Il estime que « s’il n’y a pas d’argent sur la table, il n’y aura pas d’accord ». Dans ce sens, il appelle à la création d’un fonds d’aide aux nations les plus pauvres constitué de dizaines de milliards de dollars par an. Jeffrey Sachs considère que ce fonds permettrait par exemple de financer des programmes de conservation de l’eau ainsi que le développement de meilleures techniques d’irrigation.

La plupart des pays en développement considèrent en effet que les pays riches ont le devoir de leur fournir des financements, ayant profité pendant plus d’un siècle de l’industrialisation tout en émettant des milliards de tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

De plus, l’Afrique est l’un des continents les plus vulnérables face au dérèglement du climat et dispose d’une capacité limitée à l’adaptation. Le texte soumis au Secrétariat des Nations Unies pour le changement climatique rappelle que l’Afrique doit faire face dans le même temps à des enjeux majeurs de développement… Réunir de telles sommes, dans une période de récession économique mondiale, ne sera pas une tâche aisée selon Jeffrey Sachs. Une partie pourrait par exemple provenir des programmes de marché de permis d’émissions de gaz à effet de serre.

Le principe des marchés des permis d’émission consiste à allouer aux  « pollueurs » (des États à l’échelle internationale, des entreprises à l’échelle nationale) gratuitement, à prix fixe ou aux enchères, des quotas d’émissions de CO2, que ceux-ci peuvent ensuite s’échanger. Un tel système a d’ores et déjà été mis en place dans l’Union européenne, dans le cadre du protocole de Kyoto. Les principales installations industrielles émettrices de CO2 sont ainsi tenues depuis 2005 de remettre aux autorités une quantité de quotas échangeables de gaz à effet de serre correspondant à leurs émissions. Elles peuvent pour cela utiliser les quotas que l’État leur a distribués gratuitement chaque année, ou ceux qu’elles ont achetés à d’autres exploitants qui bénéficient de quotas en excès. Des fonds peuvent ainsi être dégagés et alloués aux Etats en développement afin de les aider à s’adapter au changement climatique. Ces permis sont cependant considérés par leurs détracteurs comme étant des  « permis à polluer ». Leur mise en place au niveau mondial fera l’objet de futurs débats à Copenhague.

 

Pour aller plus loin :

En marge du MEDFEL, salon international d’affaires de la filière fruits et légumes de l’Euroméditerranée à Perpignan, l’hydrogéologue et vice-président de l’Institut méditerranéen de l’eau et du Plan bleu, Jean Margat revient sur la délicate question de la situation hydrique des pays méditerranéens.

Bien que les ressources en eau des pays méditerranéens représentent 400 milliards de mètres cubes par an, il rappelle que de grandes disparités existent entre les Etats concernés, et qu’ainsi l’examen de la situation hydrique des pays de cette région du globe doit être faite au cas par cas. La Turquie est selon son analyse, le pays le plus « riche » en eau, tandis que certains Etats localisés plus au Sud ont déjà des besoins hydriques supérieurs à leurs ressources.

Les seules certitudes quant à l’impact du développement humain sur les ressources en eau concernent l’évolution démographique. Dans les pays du Sud, on estime ainsi que la croissance démographique sera de l’ordre de 31% d’ici à 2025, et que près de 70% de la population méditerranéenne sera urbanisée.

Le problème majeur reste celui de l’activité agricole. Jean Margat juge que l’eau potable sera toujours prioritaire sur l’irrigation. Or, les pays du Sud dépendant pour une grande part des importations, certains choisiront peut-être d’importer plus de produits alimentaires de base afin de pouvoir développer leur production agricole destinée à  l’exportation. De même certains domaines de recherche seront vraisemblablement renforcés tels que ceux portant sur les plantes génétiquement modifiées afin de nécessiter moins d’eau, ou encore ceux portant sur l’adaptation des plantes à une consommation d’eau salée.

Face à ces enjeux présents et à venir, certains pays méditerranéens comme l’Algérie ou la Lybie utilisent d’ores et déjà des ressources dites non renouvelables, à savoir des réseaux d’eau fossiles. A contrario, d’autres Etats accentuent la réutilisation des eaux usées, « non conventionnelles »  constituées des eaux résiduaires du secteur urbain, industriel ou agricole, comme Israël, la Tunisie, l’Egypte ou encore le Maroc. Ainsi, dans la région d’Agadir au Maroc où l’industrie touristique renforce les besoins hydriques, les eaux résiduaires commencent à être récupérées afin de permettre l’irrigation des espaces verts mais aussi des golfs.

Autre solution de plus en plus étudiée : le dessalement de l’eau de mer. Cependant, Jean Margat rappelle que le recours à cette solution doit être soigneusement réfléchi en raison de son coût financier et de son impact environnemental qui, même s’il est de moins en moins important grâce aux progrès technologiques, reste non neutre. Dans des pays qui souffrent d’un déficit hydrique structurel, cette technologie doit venir en complément d’une politique de rationalisation des usages de l’eau.

 

Pour aller plus loin :

  • Le site de l’Institut Méditerranéen de l’Eau, organisation non-gouvernementale internationale à statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies et rassemblant les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée : http://www.ime-eau.org/fr/web/bienvenue.php
  • Le site du Plan Bleu qui assume les fonctions de Centre d’Activités Régionales du Plan d’Action pour la Méditerranée, lui-même placé sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’environnement : http://www.planbleu.org/
  • Le site du MEDFEL : http://www.medfel.com

Dans le cadre de son Programme d’appui aux infrastructures existantes et nouvelles (INFRA), la Banque mondiale a décidé d’accorder le 23 avril dernier, 45 milliards de dollars aux pays en développement pour soutenir l’investissement dans leurs infrastructures. Les prêts pourront ainsi concerner le secteur de l’eau, de la gestion de la ressource à sa distribution et son assainissement.

L’INFRA est destiné à aider les pouvoirs publics à pallier les retombées de la crise financière mondiale sur leurs services d’infrastructure et leurs programmes d’investissement. Cette initiative qui porte sur les trois prochaines années concerne l’ensemble des pays ; cependant l’Afrique devrait majoritairement bénéficier de ces prêts, compte tenu des besoins considérables identifiés sur ce continent. La petite hydro-électricité pourrait par exemple  être particulièrement encouragée dans le cadre du « programme vert » de l’INFRA qui vise à développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Robert B. Zoellick, Président du Groupe de la Banque mondiale a réaffirmé l’appui financier et technique de la Banque aux pays en développement qui selon ses déclarations « sont mis à rude épreuve par la crise économique mondiale ». Or il rappelle que « des infrastructures affaiblies fragilisent les bases de la croissance économique à long terme ». Ces investissements sont donc à son sens, « une chance d’éviter les erreurs du passé et de mobiliser davantage de ressources pour aider les pays à identifier les investissements critiques ».

 « En Europe [...] quand la reprise sera là, tout rentrera dans l’ordre. En Afrique, le simple recul de la croissance de 2% à 3% a des conséquences graves », affirme également l’économiste en chef pour l’Afrique de la Banque mondiale, Shantayanan Devarajan, citant notamment une nutrition dégradée, une eau potable plus rare et des services de santé moins présents. Ses prévisions sont très pessimistes, puisqu’il considère que la récession économique pourrait contribuer à faire mourir au cours de leur première année 700 000 enfants africains par an.

Madame Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre fédéral allemand en charge de la Coopération économique et du Développement, observe que les projets d’infrastructure dans les pays en développement sont indispensables pour atteindre les Objectifs de développement pour le Millénaire. Elle affirme ainsi que les services, qu’il s’agisse d’approvisionnement en eau et d’assainissement sont déterminants dans la lutte contre la pauvreté.

Le développement de l’infrastructure améliore les conditions de vie et réduit la pauvreté dans l’ensemble du monde en développement. Une eau potable, ou encore des installations sanitaires propres ne sont possibles que grâce au renforcement des infrastructures. Il faut donc continuer à progresser sur ce front.

 

Pour aller plus loin :

Visiter le site de la Banque mondiale, institution multilatérale de développement : www.banquemondiale.org   
 

Le sommet de Copenhague approche à grands pas et la communauté européenne se préoccupe de plus en plus des questions climatiques. L’adaptation aux effets du changement climatique a été le principal sujet de la réunion informelle du 14 avril dernier entre les ministres de l’environnement des 27 Etats-membres de l’Union Européenne (UE). 

La réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est plus la seule priorité désormais et le Président du Conseil « Environnement » de l’UE, le Ministre tchèque en charge de l’environnement, Martin Bursik a indiqué qu’ « il est également nécessaire de prendre au plus tôt toute une gamme de mesures qui […] aideront à gérer les effets du changement climatique ».

Selon lui, il faut ainsi « se concentrer sur la gestion de l’eau parce que la tension sur l’eau sera un des effets principaux » de ce bouleversement climatique. Or bien que la plupart des mesures d’adaptation doivent être prises au niveau des Etats-membres tels que l’ont déjà fait le Danemark, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Finlande, la Hongrie, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni, il existe pour Martin Bursik, trois raisons majeures pour lesquelles ces actions doivent cependant être coordonnées au niveau européen :

  • l’impact transfrontalier du changement climatique, notamment sur les bassins fluviaux ;
  • l’existence de secteurs, tels que l’agriculture, l’aquaculture ou la pêche, qui font l’objet de politique commune au niveau européen ;
  • le principe de solidarité mutuelle entre les Etats-membres.

Cette réunion du Conseil « Environnement » fait suite à l’élaboration par la Commission européenne du Livre blanc sur l’adaptation au changement climatique publié le 1er avril dernier qui indique que les effets du changement climatique seront différents selon les régions européennes, les plus vulnérables étant les régions littorales, montagneuses et exposées aux inondations.

Avec ce dernier Livre blanc, la Commission a décidé d’ouvrir une nouvelle « phase de réflexion », qui s’étendra jusqu’en 2012, et repose sur quatre piliers :

  • le premier vise à augmenter les connaissances des Etats membres sur les impacts du changement climatique,
  • le second pilier sur lequel la Commission souhaite travailler est l’adaptation au changement climatique des politiques communautaires-clefs dont font partie la politique de l’eau, et celle des côtes maritimes
  • dans un troisième temps, la Commission a indiqué vouloir définir les modalités de financement de cette adaptation,
  • enfin, le quatrième pilier repose sur le développement de la coopération internationale sur le sujet.

Les 27 ministres de l’environnement de l’UE auront donc probablement à revoir des politiques actuelles pourtant durement négociées telles que la Directive-cadre sur l’eau. Concernant la France, la loi sur le Grenelle de l’environnement II, en ce moment votée par le Sénat, impose que l’Hexagone se dote d’un véritable plan national d’adaptation au changement climatique. Ce plan ne devrait cependant pas voir le jour avant 2011.


Pour aller plus loin :

En savoir plus sur le Livre Blanc de la Commission européenne :

En savoir plus sur la réunion des 27 Ministres de l’environnement de l’Union européenne :

Selon un rapport de l’Asia Society, groupe d’experts basé à New-York, la réduction de l’accès à l’eau en Asie du Sud et de l’Est « aura un fort impact sur la sécurité dans cette partie du monde ». Ce rapport publié le 17 avril et intitulé « le prochain défi de l’Asie : sécuriser l’avenir de l’eau », affirme que cette situation aura « des conséquences en cascade » sur la situation de cette partie du continent asiatique : la baisse de la production agricole, la montée de l’insécurité, le nombre croissant de mouvements migratoires et donc de tensions géopolitiques et économiques. Des tensions pourraient ainsi se raviver entre l’Inde et le Pakistan, et émerger le long du Mékong qui parcourt la Chine, la Birmanie, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Viêtnam.

Le rapport met en exergue le fait que le continent asiatique doit déjà faire face à une situation hydrique spécifique : l’Asie du Sud et de l’Est abrite en effet la moitié de la population de la planète, mais dispose des ressources renouvelables les plus faibles par habitant avec 3 920 m3 d’eau par an. Or, la pression démographique très forte et le changement climatique pourraient y exacerber fortement la situation déjà épineuse de l’eau. On estime en effet que la population des pays concernés devrait augmenter de 500 millions de personnes d’ici à dix ans, et que la croissance de la population urbaine atteindrait 60% d’ici à 2025.

L’eau représente d’ores et déjà un enjeu important pour cette partie du continent asiatique, où l’Asia Society estime qu’une personne sur cinq, soit 700 millions de personnes, n’a pas accès à l’eau potable et que la moitié de la population du continent n’a pas accès à des conditions d’hygiène élémentaires.

Cependant, le groupe d’experts New-yorkais considère que « la majorité des problèmes d’eau en Asie ne sont pas imputables aujourd’hui à une pénurie mais sont plutôt le résultat d’une mauvaise gouvernance ». Ils peuvent être résolus via une meilleure gouvernance et gestion de la ressource hydrique.

En conséquence, les auteurs du rapport énoncent dix recommandations à l’attention des différents gouvernements asiatiques:

  • Développer les politiques nationales visant à la sécurisation de l’eau et au développement de politiques diplomatiques préventives entre les Etats ;
  • Prendre en compte l’eau dans les plans nationaux de défense, via par exemple la mise en place d’une communication directe entre les différentes agences de l’eau et les autorités de défense, et à une meilleure coopération régionale;
  • Stimuler les investissements liés aux technologies de gestion de l’eau telles que les méthodes de désalinisation;
  • Favoriser les partenariats publics-privés ;
  • Adapter les accords de réduction des gaz à effet de serre afin d’anticiper les conséquences du changement climatique sur la situation des ressources en eau ;
  • Prendre en compte les données récoltées par le groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat, sur l’eau et le changement climatique pour développer des systèmes d’alerte préalable ;
  • Développer des instruments concrets de transposition des accords régionaux et des déclarations déjà existantes ;
  • Elargir le partenariat pour le financement de l’eau initiée par la Banque asiatique de développement afin de développer les soutiens techniques et financiers dans des domaines clés tels que les régions rurales ou les services urbains de l’eau ;
  • Harmoniser les Objectifs du Millénaire pour le Développement qui ont trait à l’eau sous l’égide de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique de l’Organisation des Nations Unies;
  • Doter l’Organisation des Nations Unies d’une capacité de collecte de données sur la qualité de l’eau dans le monde, de même niveau que les données pouvant être recueillies sur les questions nucléaires par l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Ces recommandations ne se veulent pas exhaustives mais apparaissent plutôt comme un premier aperçu des efforts que les gouvernements concernés devront fournir pour pouvoir répondre au défi de l’eau en Asie. Dans tous les cas, il semble très probable que l’hydropolitique pèse à l’avenir de plus en plus sur la sécurité de ces Etats, et donc indirectement sur la sécurité internationale.

 

Pour aller plus loin :

Les 15 et 16 avril dernier s’est tenue à Bamako, la revue sectorielle « Eau et Assainissement » dans la perspective des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui prévoient, entre autres, de réduire de moitié la proportion de la population mondiale n’ayant pas accès à l’eau potable et à un système d’assainissement de base d’ici à 2015 (objectif n°7).

Dans un contexte de crise financière et économique mondiale, cet objectif implique un coût très important pour un pays tel que le Mali. Or ce dernier entend faire de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement l’une des composantes essentielles de sa politique de lutte contre la pauvreté. Le Mali s’est donc fixé un objectif encore plus ambitieux que celui défini dans les OMD, en décidant d’atteindre 82% de taux d’accès à l’eau potable pour sa population d’ici à 2015. Ainsi, pour les années 2010 à 2012, 7 000 nouveaux points d’eau sont à réaliser et 3 000 à réhabiliter.

Pour les trois prochaines années, le montant des dépenses nécessaires est estimée à 220 milliards de francs CFA, (335 milliards d’euros), alors que le budget du Mali s’élève approximativement à 1000 milliards de Francs CFA, (1 500 milliards d’euros), aide internationale comprise.

Paradoxalement, l’une des difficultés majeures rencontrée par le Mali  reste la pleine consommation des aides perçues dans le but d’achever les Objectifs du Millénaire. En effet, différents facteurs viennent limiter la capacité du Mali a pleinement investir les aides issues d’organismes tels que l’Agence Française de Développement, son homologue allemand KFW, ou encore l’Agence danoise pour le développement international:

  • une décentralisation inachevée, 
  • les lourdeurs administratives internes et celles des bailleurs de fonds,
  • ou encore le manque de capacité du secteur privé.

En conséquence, la recommandation principale de cette revue sectorielle est d’apprendre à consommer ces fonds, à accélérer les prises de décisions et à améliorer la qualité de la programmation. Les débats ont ainsi été marqués par des questions relatives au transfert des compétences et des ressources aux collectivités décentralisées, et par la problématique de la capacité d’absorption de ces fonds. Différents souhaits ont émergé de ces assises dont :

  • le renforcement des capacités techniques et financières de tous les acteurs de l’eau et de l’assainissement,
  • l’amélioration du processus de planification,
  • l’allégement des procédures de décentralisation, et de passation des marchés publics,
  • ainsi que la réduction des délais d’exécution des travaux.

Le gouvernement malien en la personne du Secrétaire général du Ministère de l’Energie et de l’Eau, Lamissa Diabaté, a donné un écho favorable à cet événement en s’engageant à tout mettre en œuvre pour concrétiser les recommandations dégagées. Dans son allocution, Monsieur Diabaté a également rappelé que le programme sectoriel « Eau et Assainissement » a été initié par le gouvernement malien en 2004 afin de débattre et d’examiner les mesures nécessaires à la performance de ces secteurs. Le gouvernement malien avait d’ores et déjà mis en place une batterie de mesures visant à l’atteinte des OMD dont la prise en compte des partenariats public/privé pour la gestion des systèmes d’eau potable, ou encore l’adoption de la politique nationale d’assainissement.

Pourtant réticents au départ, les 127 participants à cette troisième revue sectorielle de l’eau et de l’assainissement ont réaffirmé leur soutien au gouvernement malien dans sa politique de réalisation des OMD, au terme de 48 heures de travaux.

 

Pour aller plus loin :

Visiter le site du Programme des Nations Unies pour le Développement : définition des Objectifs du Millénaire pour le Développement : http://www.undp.org/french/mdg/basics.shtml


Laurent Chabert d’Hieres est Directeur de l’ONG Eau Vive.

20 acteurs de la solidarité et du développement ont participé à la matinée de réflexion sur le partenariat ONG-Entreprises organisée par l’équipe de l’ingénierie sociétale le 16 avril. L’objectif était de réfléchir collectivement sur les partenariats ONG-entreprises, et de faire émerger des principes garantissant leur efficacité et le respect des valeurs et des intérêts de chacun. Cette rencontre a notamment été l’occasion de présenter les conclusions de l’étude de Raphaël Maucuer sur « les sources immatérielles de compétitivité » de ces partenariats.

Dans les discussions qui se sont ensuite engagées, Laurent Chabert d’Hières a notamment insisté sur les différentes dimensions des partenariats : au-delà des projets concrets de développement, les relations entre ONG et entreprises sont aussi le lieu de confrontation de valeurs sociales, politiques, environnementales. Dans quelle mesure les « objets sociaux » des ONG et des entreprises sont-ils compatibles ? Dans quelle mesure les ONG et entreprises peuvent-elles être acteurs de changement plus global dans la société ?
 


Pour aller plus loin :

 

L’Agence Européenne pour  l’Environnement (AEE) basée à Copenhague a présenté le 22 mars dernier un rapport intitulé « Water resources across Europe  confronting water scarcity and drought / Ressources en eau de l’Europe – faire face à la pénurie d’eau et à la sécheresse » où elle analyse la surexploitation de l’eau en Europe et ses répercussions sur la qualité et la quantité de l’eau restante et des écosystèmes qui en dépendent.

Les situations de stress hydrique qui concernent traditionnellement les régions d’Europe du sud tendent de plus en plus à toucher le nord de l’Europe. Elles se trouvent de plus renforcées par le changement climatique qui entraîne une sévérité et une fréquence accrues des sécheresses, en particulier durant les mois d’été.

« L’Europe vit au dessus de ses moyens en matière d’eau », selon Jacqueline McGlade, directrice exécutive de l’AEE qui rappelle qu’en Europe « la solution à court terme à la rareté de l’eau  a consisté à extraire des volumes toujours plus importants de nos ressources de surface et souterraines ».

Chaque année l’Europe prélève environ 285 km3 d’eau douce dont près de la moitié est utilisée dans le secteur de l’énergie (principalement pour le refroidissement) et un quart par l’agriculture. Or si pour l’énergie, l’essentiel de l’eau utilisée retourne dans l’environnement, cela ne concerne que 30% de l’eau consommée par le secteur agricole. Dans ce secteur, l’AEE discerne deux utilisations majeures de l’eau, à savoir l’élevage et l’irrigation, et fait le choix de davantage concentrer son analyse sur l’irrigation qui concerne principalement des régions d’Europe du sud où le stress hydrique est plus important. Le sud de la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et Chypre contribuent à hauteur de près de 84% à la consommation d’eau par le secteur agricole en Europe.

L’AEE souhaite que la ressource hydrique soit utilisée plus efficacement et que les européens réduisent significativement leur consommation d’eau. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, l’AEE  a présenté un ensemble de recommandations stratégiques afin de diminuer la quantité d’eau utilisée en Europe :

  • La première consiste à facturer l’eau en fonction du volume utilisé et ce pour tous les secteurs, y compris l’agriculture
  • Plusieurs méthodes agricoles alternatives sont mises en avant par l’AEE afin de réduire la quantité d’eau nécessaire à l’agriculture : changement de l’heure de l’irrigation et du type de culture, utilisation de techniques plus efficaces…
  • Le rapport souligne également le rôle primordial des fonds nationaux et communautaires dont la politique agricole commune de l’Union européenne, dans la promotion d’une utilisation efficace et durable de l’eau dans l’agriculture.
  • Le renforcement des mesures destinées à sensibiliser l’opinion telles que le label écologique, l’éco certification et les programmes éducatifs, est prôné.
  • Les autorités doivent créer des mesures incitant davantage à l’exploitation d’autres sources d’approvisionnement en eau, telles que les eaux épurées, les eaux de pluie, ou les eaux grises.
  • A l’inverse l’extraction illégale de l’eau doit faire l’objet d’une surveillance accrue et d’un système d’amendes et/ou de pénalités.
  • Enfin, l’AEE requière des gouvernements qu’ils appliquent à plus grande échelle des plans de gestion de la sécheresse et qu’ils se concentrent sur une gestion des risques plutôt que de crises, la priorité étant la lutte contre les fuites d’approvisionnement.

Le rapport de l’AEE vient remettre en cause l’idée d’une Europe moins concernée par les tensions hydriques et invite l’Europe à diminuer en conséquence sa consommation d’eau.

En complément de cette réflexion de l’AEE sur les enjeux quantitatifs, il nous paraît également important de rappeler que la qualité de la ressource en eau est une question cruciale, notamment en Europe, où les situations les plus préoccupantes sont liées à la pollution de la ressource. Contrairement aux hydrocarbures ou aux minerais, l’eau est une ressource majoritairement renouvelable (à l’exception de certaines ressources souterraines fossiles). Elle se renouvelle en permanence grâce au « grand cycle de l’eau » (évaporation / précipitations / ruissellement) : on peut donc dire qu’elle est « empruntée » au milieu naturel plus qu’elle n’est « consommée » et la première priorité consiste à restituer dans un état de qualité satisfaisant l’eau que nous empruntons. La gestion durable de l’eau passe donc autant par une politique de réduction de la consommation (adaptées aux spécificités locales) que par la prévention des pollutions, en réduisant les intrants en amont et en « nettoyant » les eaux usées avant de les rejeter dans le milieu naturel.

 

Pour aller plus loin :